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Tour d'horizon sur la crise alimentaire en Afrique de l'Est, la pire depuis 1945

Tour d'horizon sur la crise alimentaire en Afrique de l'Est, la pire depuis 1945

Somalie

L’Afrique de l’Est s’affame. Une douzaine de pays de cette région de l’Afrique est menacée par une sévère crise alimentaire. Dans ce lot de pays, la Somalie et le Soudan du Sud sont en état d’alerte. L’ONU tire la sonnette d’alarme, il faut réagir en urgence face à cette crise, la pire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Une dizaine de pays de l’Afrique de l’Est ont leurs greniers vides. En Somalie, au Soudan du Sud, en Ethiopie, en Ouganda et au Kenya, des populations crient famine. La Tanzanie également subit les affres de la sécheresse, même si sa situation est moins alarmante.

Pour le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, la situation est jusque-là une tragédie et il faut éviter qu’elle devienne une catastrophe. En effet, les risques sont énormes. 20 millions de personnes risquent de mourir dans les six prochains mois.

>>> LIRE AUSSI : 4,4 milliards de dollars pour sauver les populations de la famine – ONU

Conflits et déréglages climatiques, un cocktail affamant

Deux principales raisons semblent s’imposer dans l‘émergence de la crise alimentaire en Afrique de l’Est. Dans la plupart des pays concernés, les dérèglements climatiques survenus à cause du phénomène El Nino ont causé d‘énormes dégâts. Les récoltes asséchées, le bétail décimé.

Par contre, dans les pays les plus touchés, la Somalie, le Soudan du Sud notamment, les changements d’humeur de la nature cohabitent avec la faillite de l‘État. Système de santé défaillant, inégalités sociales, pauvreté, mauvaise gestion des récoltes, conflits armés ont précipité cette crise humanitaire, soumettant les populations à une “saison de la mort”.

La Somalie a, en effet, aujourd’hui bien du mal à se départir des islamistes Shebab qui contestent le gouvernement de Mogadiscio. Ces derniers ont sous leur contrôle de vastes zones auxquelles ne peuvent accéder ni le gouvernement, ni les travailleurs humanitaires. Résultats, 6,2 millions – soit la moitié de la population – risquent aujourd’hui de mourir de faim.

Même son de cloche au Soudan du Sud où la guerre fratricide débutée en 2013 a segmenté le plus jeune État du monde en plusieurs clans. Dans certaines zones dévastées par la guerre, la production agricole a chuté du fait du déplacement massif des populations. Des stocks de nourriture ont également été détruits. L’ONU avance que 5,8 millions de personnes doivent être sauvées de la famine.

>>> LIRE AUSSI : Au Soudan du Sud, la famine se nourrit de la guerre

Risques de tensions communautaires

Pour l’heure, seul un pays, le Soudan du Sud, a été officiellement déclaré en famine – le niveau ultime de l’échelle IPC (cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) établie par les Nations unies qui intervient après la crise alimentaire et l’urgence alimentaire. Toutefois, la Somalie a déclaré la sécheresse qui sévit sur ses terres comme une “catastrophe nationale” et sollicité une réaction internationale.

D’autres pays comme l’Ethiopie, l’Ouganda ou encore le Kenya sont durement touchés, ravivant les craintes de tensions communautaires alors que les points d’eau tarissent dans les zones rurales, où les populations sont majoritairement des éleveurs et des agriculteurs. Dimanche par exemple, au Kenya, dix personnes ont trouvé la mort dans des combats entre éleveurs pour le contrôle de pâturages.

Comment le monde se mobilise autour de la crise ?

Appels internationaux

Les faits sont là et alarmants. Depuis plusieurs semaines, l’Organisation des Nations unies multiplient les appels à l’aide. Fin février, le secrétaire général de l’organisation demandait pas moins de 4,4 milliards de dollars pour venir en aide aux quelque 20 millions de victimes en sursis.

Il emboîtait ainsi le pas au pape François qui avait également demandé de la mobilisation autour de la famine. Les ONG internationales ont elles aussi joint leur voix à cet appel à l’aide.

Mobilisation internationale

Certes, certaines organisations et pays se mobilisent, mais la réponse n’est pas proportionnelle à la taille de la crise. Le Canada a alloué une enveloppe de 120 millions de dollars pour tous les pays en urgence alimentaire – incluant le Nigeria et le Yémen, eux-aussi fortement menacés par la famine.

Quatorze pays se sont engagés fin février à mobiliser 458 millions de dollars en 2017 et 214 millions de dollars les deux prochaines années, contre la faim. Le Danemark a promis donner 42 millions de dollars aux pays touchés. La reine d’Angleterre a également fait un don personnel de 5 millions d’euros pour les victimes de la crise alimentaire.

Des initiatives personnelles

Le Français Jérôme Jarre, star des réseaux sociaux, a trouvé un tout autre moyen d’aider. En se basant sur ce qu’il sait faire le mieux, communiquer sur les réseaux sociaux. Dans une vidéo publiée le 15 mars, l’homme aux 1,3 million d’abonnés décidait de dénoncer le silence autour du drame, et proposait à l’occasion sa méthode : affréter un avion chargé de nourriture vers la Somalie. Une cible, la compagnie aérienne TurkishAirlines, la seule à faire des correspondances sur ce pays.

Très vite, la vidéo devient virale et touche bon nombre de personnes dont des stars comme les acteurs Ben Stiller ou encore Omar Sy, et aussi, TurkishAirlines. Elle accepte d’affréter un avion-cargo d’une capacité de soixante tonnes, mais également d’autoriser l’embarquement avec de la nourriture sur les vols commerciaux vers la Somalie. Le décollage est prévu pour le 27 mars 2017, au départ d’Istanbul.

Ce défi relevé, il décide alors de récolter les fonds qui serviront à acheter les fournitures alimentaires. La levée des fonds se fait sous le hashtag #NominatedForSomalia et a déjà permis de récolter 1,8 million de dollars. Ainsi, du riz, de l’huile végétale, des biscuits ou encore du sucre seront convoyés vers la Somalie dans moins d’une semaine.

L’Afrique encore à la traine

Face à toute cette mobilisation, l’Afrique, continent le plus touché par cette famine imminente reste quasiment muette. Ce n’est que récemment que l’Union africaine a décidé de sortir 100 000 dollars sur les 863,5 millions de dollars nécessaires pour la lutte contre la sécheresse en Somalie. Mais il y a aussi le Soudan du Sud et tous les autres pays sévèrement frappés par la sécheresse.

Au plan des initiatives personnelles, le bilan reste quasi-inexistant, à moins que nos richissimes hommes d’affaires africains aient décidé de donner dans le plus grand des secrets.

L’accueil des réfugiés de pays voisins reste encore un épineux problème, certains pays évoquant des questions de ressources. L’Ouganda, par contre, a accepté volontiers d’accueillir plus de 780 000 réfugiés sud-soudanais, en dépit de la propre sécheresse que le pays traverse.

Quant à la communauté numérique pourtant très active sur les questions politiques, elle reste elle aussi muette. Et ce n’est pas faute d’avoir de grands activistes du web. Pour l’heure, les réseaux sociaux africains sont bien en retard sur le sujet.

À un moment où les donateurs traditionnels, notamment les Etats-Unis, ont décidé de réduire considérablement leurs aides aux organes humanitaires de l’ONU, l’immobilisme de l’Afrique pourrait coûter cher à ces populations en détresse.

>>> LIRE AUSSI : Ce qu’implique la réduction de l’aide internationale américaine pour l’Afrique

Comment donner ?

Il y a des dizaines d’organismes d’aide prenant des dons en espèces pour aider à soutenir les pays touchés.

Parmi ceux-ci figurent le Programme alimentaire mondial (PAM), le Comité international de la Croix-Rouge, l’Organisation internationale pour les migrations, le Conseil norvégien pour les réfugiés et le Conseil danois pour les réfugiés.

Il est cependant possible de faire des dons ciblés par pays par l’intermédiaire des organismes d’aide énumérés ci-dessous.

Soudan du Sud

UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (Ocha), Care, Oxfam, British Red Cross, Cafod, Tearfund, Christian Aid, World Vision, WFP, Unicef

Nigeria

Save the Children, Christian Aid, Street Child, ICRC, Unicef, WFP

Somalie

Ocha, World Vision, MSF, Concern, WFP
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