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Ces jeunes filles enceintes, abandonnées par les soldats dans le nord-est du Nigeria

Ces jeunes filles enceintes, abandonnées par les soldats dans le nord-est du Nigeria

Nigéria

Les joues baignées de larmes, Ummi Hassan, 18 ans, a les yeux rivés sur son ventre gonflé. Comme tant d’autres jeunes filles pauvres dans le nord-est du Nigeria, elle a été abandonnée par le père de son futur enfant: un soldat envoyé au front pour combattre Boko Haram.

“J‘étais amoureuse d’un soldat qui m’a mise enceinte et il a été redéployé alors que j‘étais à deux mois de grossesse”, a raconté la jeune fille, à l’occasion d’un récent voyage à Maiduguri, grande ville du nord-est et berceau du mouvement jihadiste nigérian Boko Haram.

Au début, Ummi gardait contact par téléphone avec son petit ami, désormais basé dans la capitale économique, Lagos, espérant qu’il finirait par accepter leur enfant.

Son rêve s’est envolé le jour où le soldat l’a “injuriée sur tous les tons”, fatigué qu’elle continue à insister pour qu’il prenne en charge les dépenses prénatales.

“Je n’ai rien à manger, je mange seulement ce que mes amis me donnent”, confie Ummi, en ajustant la robe rouge lui tombant sur les chevilles.

Kaltime Ari n’a elle aussi que 18 ans, et elle est déjà maman d’un nourrisson âgé de quelques mois après une aventure similaire avec un soldat, qui a tenté de la forcer à avorter.

“Il m’a donné de l’argent pour l’avortement, j’avais le sentiment que j’allais mourir si j’essayais d’avorter, alors j’ai abandonné”, explique la jeune femme, qui s’est retrouvée seule au bout de quatre mois de grossesse.

“Je ne sais pas où il est maintenant… Son téléphone n’est pas joignable”, dit-elle, son enfant sur ses genoux.

Des “hordes” de jeunes filles pauvres ont ainsi été séduites à coups de billets et de promesses de mariage par des militaires envoyés au front, déplore Ahmed Bolori, coordinateur de la Fondation Fa’ash qui aide les jeunes désoeuvrés.

- ‘Les gens ont faim’ –

Fin octobre, l’organisation Human Rights Watch avait accusé des responsables nigérians d’avoir violé des femmes dans des camps de déplacés du nord-est du Nigeria, poussant les autorités à ouvrir une enquête sur ces allégations.

L’ONG avait recensé 43 femmes et filles abusées sexuellement par des responsables de camps, des membres de milices d’autodéfense, des policiers et des soldats à Maiduguri.

Sept années de conflit ont fait 20.000 morts et 2,6 millions de déplacés. L’agriculture et le commerce, dont dépend en grande partie l‘économie locale, ont été durement impactés par les violences qui ont chassé des villages la population rurale.

La capitale de l‘État de Borno, dont le nombre d’habitants a doublé depuis le début du conflit, est aujourd’hui noyée sous le flot de déplacés.

“Les gens ont faim à Maiduguri et ils n’ont pas d’argent pour acheter de quoi manger”, affirme Kaltime Ari.

“Beaucoup de jeunes femmes comme moi finissent par coucher avec des soldats et tomber enceintes, parce que ce sont eux qui ont de l’argent à dépenser”.

Né il y a deux ans, le petit Umar n’a jamais vu son père, lâche Amina Mohammed. La maman de 20 ans a pourtant essayé de retrouver son petit ami dans la ville où on l’avait affecté, à 37 km de Maiduguri.

“Son collègue m’a emmenée à Konduga pour le voir, mais là-bas on m’a dit qu’il avait été redéployé à Gwoza, à 90 km “, explique-t-elle, une distance que personne dans le Borno ne se risquerait à parcourir, compte tenu de la menace toujours présente de Boko Haram qui a kidnappé des milliers de jeunes femmes pour en faire des combattantes ou des esclaves sexuelles.

- ‘vraiment indésirables’ –

De son côté, Ummi Hassan est même allée toquer à la porte de la hiérarchie militaire pour lui demander d’intervenir et d’obliger son petit ami à prendre ses responsabilités.

“Je suis allée chez ses supérieurs (…) et ils m’ont dit qu’ils ne voulaient pas s’impliquer,” dit Ummi, qui a un temps pensé porter l’affaire devant un tribunal avant de renoncer.

Certaines avouent ne pas savoir où s’adresser pour obtenir réparation et ont fini par accepter ce qu’elles imaginent être leur “destin”.

“Les victimes sont invariablement pauvres, affamées et sans instruction, ce qui en fait des proies parfaites pour les soldats”, relève le responsable humanitaire, Ahmed Bolori. “L’impunité encourage également les auteurs”.

Ummi Hassan et Kaltime Ari ont été chassées de chez elles quand leurs parents ont découvert qu’elles étaient enceintes.

Dans le nord musulman et conservateur du Nigeria, avoir un enfant en dehors du mariage est un déshonneur pour la famille et les jeunes filles sont rejetées.

“Dans notre culture, les grossesses non désirées sont vraiment indésirables”, estime M. Bolori. “Le risque, c’est que les enfants nés de ces victimes sexuelles deviennent plus dangereux que Boko Haram si on laisse faire la discrimination à leur encontre”.

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