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Les vétérans ne veulent plus de Robert Mugabe

Les vétérans ne veulent plus de Robert Mugabe

Zimbabwe

Les vétérans de la guerre d’indépendance du Zimbabwe ne veulent plus de Robert Mugabe, leur ancien allié, comme président. Et ils l’ont fait savoir à Harare, la capitale zimbabwéenne. Réunis au sein de l’Association des vétérans de la guerre de libération du Zimbabwe, les seniors ont accusé Mugabe d’avoir “lamentablement échoué (…) à résoudre les problèmes économiques du pays”.

Colonel Beta Guvheya, ancien combattant : “nous n’avons aucun dirigeant qui soit capable de gérer l‘économie de ce pays, c’est pour ça que nous disons que Mugabe doit partir.”

Les vétérans étaient autrefois les alliés du vieux président (92 ans, actuellement le plus vieux chef d’Etat en exercice au monde), au pouvoir depuis 1980. Ils ont combattu à ses côtés dans les années 1970 pendant la guerre d’indépendance et l’ont même aidé à se fixer au sommet, usant parfois de violence extrême.

Mugabe ne va pas remporter l'élection, il ne va pas gagner, je suis vraiment désolé pour ses conseillers, ils se trompent parce qu'ils ne sont pas en phase avec la réalité.

Mais aujourd’hui, les données ont changé, vu la situation précaire du pays. Les seniors refusent même que Mugabe se présente à la présidentielle de 2018. “Mugabe ne va pas remporter l‘élection, il ne va pas gagner, je suis vraiment désolé pour ses conseillers, ils se trompent parce qu’ils ne sont pas en phase avec la réalité”, ajoute le Colonel Beta Guvheya.

Le MDC (Mouvement pour le changement démocratique), le principal parti d’opposition du Zimbabwe, s’est félicité de l’attitude des vétérans, mentionnant au passage que ceux-ci “voient enfin la lumière” et a “remercié de tout son coeur et salué les anciens combattants pour reconnaître publiquement que Robert Mugabe a fait son temps”.

Dans un communiqué rendu public, le MDC a mentionné que “la crise politique et socio-économique qui place dans la tourmente notre terre adorée dépasse les divisions politiques, religieuses, ethniques et raciales”. Et de compléter par : “nous appelons maintenant Mugabe à tenir compte du conseil très clair qui lui a été donné par ses camarades d’autrefois, les anciens combattants”.

Jusqu’au vendredi dernier, aucun responsable du gouvernement n‘était joignable, afin de donner la réponse officielle à la réaction des séniors de la guerre d’indépendance du Zimbabwe.

La guerre de succession en toile de fond

Aux dires d’Ibbo Mandaza du centre de réflexion Sapes (Southern African Political and Economic Series), cette volte-face des doyens s’explique par la guerre de succession qui fait rage au sein du parti Zanu-PF du président Mugabe.

Ibbo Mandaza pense que cette guerre de succession survient “après une diatribe de Mugabe, qui leur a dit qu’ils ne pouvaient pas choisir qui allait lui succéder”, alors qu’ils “veulent être influents dans cette prise de décision”.

Deux clans se guettent mutuellement au sein de la famille politique au pouvoir, dans le cadre de cette guerre de succession : celle du vice-président Emmerson Mnangagwa, soutenue par les anciens combattants, et celle de l‘épouse du chef de l’Etat, la très influente Grace Mugabe.

Des problèmes à n’en plus finir

Le pays est étranglé par une grave crise économique depuis 2000. Mais ce n’est pas tout ; cette année, une sécheresse d’une rare intensité affecte la production agricole nationale. Dans ce contexte, l’ONG Save the Children donne l’alerte, disant que des “milliers d’enfants pourraient mourir de faim d’ici Noël” à cause de la sécheresse. Dans le district de Binga (ouest), des personnels du secteur de la santé sont contraints de cueillir des baies pour nourrir leurs enfants, selon l’organisation.

Le Zimbabwe est au bord du gouffre économique, les salaires des fonctionnaires n‘étant pas versés depuis des mois. Le dollar zimbabwéen a pratiquement perdu toute sa valeur. La grogne sociale ne cesse de s’emlplifier dans le pays. Le chômage est endémique, avec à peu près 90 % de la population en âge de travailler, qui est sans emploi. Les caisses de l’Etat sont vides et les grèves se multiplient pour dénoncer la situation sociale.

C’est dans cette atmosphère chargée de colère générale que le pasteur Evan Mawarire s’est fait connaître des Zimbabwéens, en lançant sur les réseaux sociaux une vaste campagne de rejet du régime de Mugabe.

Des manifestations anti-Mugabe sont encore prévues pour ce samedi et d’autres, pour le lundi prochain. La contestation de ce samedi est organisée par les femmes pour dénoncer le manque de nourriture, et celle de lundi, par les jeunes diplômés, pour protester contre l’absence de perspective économique.

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