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Climat chaotique entre deux ethnies dans l'Est de la RDC

Climat chaotique entre deux ethnies dans l'Est de la RDC

République démocratique du Congo

Buleusa est un village agricole situé dans l’Est de la République démocratique du Congo, où deux communautés se regardent en chien de faïence : les Kobo et les Hutu. Les réconcilier s’avère une tâche ardue. Cette tâche revient à Roger Kungerwa Bihango, 73 ans, fonctionnaire provincial. Pour cela, il a été expressément nommé délégué de Julien Paluku, le gouverneur du Nord-Kivu.

Le village agricole de Buleusa, situé à 1.800 m d’altitude et dépourvu d’infrastructures, est marqué par un climat d’extrême méfiance, qui frise la haine, basée sur fond de conflit ethnique entre les deux communautés. « À mon arrivée (le 1er juillet), j’ai trouvé une situation tendue », fait savoir Roger Kungerwa Bihango , qui habite le village, dans une tente blanche qui fait aussi office de bureau. Le fonctionnaire habite non loin du camp de déplacés hutu installé au sommet d’une colline, autour d’une position de l’armée congolaise.

Buleusa est situé en plein territoire de Walikale, zone située dans le centre-est du Nord-Kivu, une province marquée par plus de 20 années de conflits armés d’une violence extrême. De 1999 à l’année dernière, cette région de la RDC était aux mains des tristement célèbres rebelles Hutu rwandais des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda, voir photo). Ces derniers se trouvent dans le Kivu depuis 1994, année du génocide au Rwanda, auquel ils sont accusés d’avoir pris une part active.

Les FDLR ont violé les femmes ici, ils ont brûlé nos maisons et ces Hutu qui sont là-haut, vont dans nos champs pour prendre nos récoltes.

En novembre 2015, à l’approche des troupes maï-maï (milices congolaises d’autodéfense), qui ont fini par briser l’emprise des FDLR sur la région, les populations (composée surtout de Kobo et de Hutu) prirent la fuite.

Mais les FDLR ont pris le temps de commettre des dégâts, avant de prendre la fuite : des maisons ont été incendiées par les rebelles. Jusqu‘à 90 % des habitations ont été passées par le feu, en seulement quelques jours, selon la Monusco (la Mission de l’ONU en RDC).

Un retour au bercail qui cause problème

En janvier de cette année, l’armée congolaise a erpris la liocalité en main. Les Kobo sont retournés les premiers chez eux le même mois, suivis par les Hutu en mars dernier. Et c’est là qu’a commencé le conflit entre les deux communautés. Selon Petro Kasereka Bwanandeke, chef de la localité, « ils (les Hutu) étaient les tenants de Buleusa », dub temps de la présence des rebelles des FDLR.

En effet, les Kobo disent avoir souffert du temps de l’occupation rebelle des FDLR. Masumbuko Malikanda Katshupa, Secrétaire groupement Ikobo explique la situation de l‘époque : « les FDLR ont violé les femmes ici, ils ont brûlé nos maisons et ces Hutu qui sont là-haut, vont dans nos champs pour prendre nos récoltes. Au vu de tout ce qui se passe ici, nous ne savons pas si nous vivons au Rwanda ou au Congo. Si nos autorités sont incapables de résoudre ce problème, qu’ils nous disent clairement qu’ils ont déjà annexé notre groupement au Rwanda, parce que c’est l’autorité rwandaise qui a un mot à dire ici. »

Katshupa ajoute aussi que « c‘était vraiment un calvaire. On payait des taxes aux FDLR, on cultivait pour eux parce qu’ils étaient armés, il leur fallait les plus belles femmes. Ils ont commis des violences, des tortures ».

La cohabitation quasi-impossible s’envenime au fil du temps

Les Hutu de Buleusa, de leur côté, se sont réfugiés dans un camp construit en hauteur. Selon le fonctionnaire Kungerwa, « ils ont commencé à piller les vivres des autochtones » pour survivre, n’ayant pas d’activités.

Les affrontements sont devenus donc monnaie courante entre les deux communautés, qui vivaient pourtant autrefois en harmonie. Affrontements qui donnent lieu à des morts, et cela, à plusieurs reprises. Les deux camps s’accusent de bloquer l’accès aux champs de l’une ou l’autre communauté. Les machettes sont à la portée des agriculteurs, pas spécialement pour leurs travaux des champs, mais pour tuer ou se défendre. Trois personnes ont encore été blessées il y a quelques jours.

A la mi-juin, les maï-maï ont brûlé le camp hutu. La riposte des casques bleus de la Monusco a été fatale : 6 assaillants ont été abattus par les soldats de l’ONU. Les Koko, eux, accusent les casques bleus d’avoir tué des civils.Après cet épisode, les Hutu ont trouvé refuge au sommet de la colline, non loin des soldats de la Monusco. Ils y vivent dans une misère accentuée, sous des tentes. Aux dires de Kungerwa Bihango, ils atteignent le nombre de 2.500 individus.

Les Kobo pensent que ce camp Hutu sert de refuge aux rebelles des FDLR. L’arrivée d’autres Hutu dans ce camp n’apaise en rien leurs craintes La Monusco ravitaille le camp hutu. Ce qui exacerbe les Kobo, qui affirment que les casques bleus favorisent les Hutu.

Difficile tentative de solution

Les autorités congiolaises tentent d’en finir avec ce problème. Un recensement et un délocalisation sont prévus à cet effet.

Julien Paluku, Gouverneur du Nord-Kivu : « nous avions pris quelques dispositions. La première, c‘était de chercher à délocaliser tous ces déplacés d’expression Kinyarwanda, les Hutu congolais, les mettre dans un site d’identification et d’enregistrement, où effectivement avec cette identification et cet enregistrement, nous allons chercher à comprendre qui sont-ils. Est-ce qu’ils ne sont pas par hasard des sujets FDLR Rwandais, qui se seraient infiltrés dans les déplacés internes congolais. »

Et c’est à partir de là qu’interviendra Roger Kungerwa Bihango, dans son rôle de réconciliateur. « Après le recensement, je veux entamer maintenant la réconciliation, leur faire comprendre qu’il faut oublier le passé, entamer une nouvelle allure pour une bonne cohabitation. Et puis l’Etat devrait aussi songer à réconforter cette population qui a été séquestrée, en leur accordant par exemple des tôles, pour qu’ils puissent reconstruire leurs maisons, chose qui n’a pas été faite maintenant », dit le fonctionnaire.

Samedi dernier, une équipe de la CNR (Commission nationale des réfugiés) était à Buleusa, afin d’identifier les résidents du camp Hutu. Le but étant de faire le tri entre Hutu du camp (notamment Congolais) et Hutu venus d’ailleurs. Il s’agit à terme de reloger les premiers chez eux et relocaliser les seconds.

Mais cette solution semble déjà avoir pris du plomb dans l’aile et pour cause : un tract émis par les Kobo circule, appelant tout simplement au « départ » de tous les déplacés. Cela, avant même le début de l’ “identification”.

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