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Le Nigeria et la problématique de l'explosion démographique

Le Nigeria et la problématique de l'explosion démographique

Nigéria

Le Nigeria, première puissance économique du continent, est aussi le pays le plus peuplé d’Afrique. Muhammadu Buhari, le président nigérian, espère faire adopter par le Parlement de son pays un budget record de 30 milliards de dollars cette année, pour sortir le Nigeria de sa dépendance au pétrole et diversifier les sources de revenus du géant africain. Mais la démographie tentaculaire du pays pourrait compromettre les projets présidentiels.

Construire des routes, des chemins de fer et rendre meilleure l’alimentation des 188 millions de Nigérians. Tels sont, entre autres, les projets de monsieur Buhari. Elu en 2015, cet ex-militaire a fait la promesse d’en finir avec la misère des populations en prévoyant de clouer à jamais un mal plus qu’enraciné dans les mœurs de bon nombre de ses compatriotes : la corruption, qui donne lieu à l’enrichissement sauvage d’une élite, à partir des revenus de l’Etat.

Des budgets étouffés par une démographie trop rapide

9 milliards de dollars sur les dépenses en capital. Ce sont les dépenses que prévoit le numéro un Nigérian. Cela fait trois fois celles (les dépenses) de l’année dernière. Mais, les projets plus que nobles de Muhammadu Buhari pourraient rencontrer un problème de taille et c’est le cas de le dire : la trop forte démographie du Nigeria. Elle a un taux annuel de 3,2 % et est de loin la plus élevée du continent africain. Du coup, les plans de nouvelles routes sont susceptibles de devenir rapidement obsolètes.

Il y aura des défis dans le cadre de la planification et cela a été aggravé par la dislocation dans le nord-est et la situation économique très difficile au sein des autres Etats.

A Lagos, mégalopole de 23 millions d’habitants, des milliers de personnes débarquent chaque jour. Bon nombre d’entre elles espèrent y trouver du travail et nombreux sont les habitants de Lagos qui vivent dans des bidonvilles. Ceux-ci s‘étendent sur des kilomètres de pistes de terre.

Les transports publics, les hôpitaux et les écoles sont souvent débordés par la demande et cette situation se ressent dans la majorité des villes du pays. Selon Ashade Jeremiah, le commissaire de l’Etat pour le budget et la planification, il faudra dépenser 50 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années pour les infrastructures, pour la seule ville de Lagos.

“Je pense que cette année, notre budget est d‘à peu près plus de trois milliards de dollars, donc, vous pouvez voir que nous avons besoin d’une plus grande collaboration. Nous devons vraiment plus explorer le partenariat public-privé. Il nous faut également accroitre notre base de revenus, faire en sorte que les gens paient leurs impôts afin que nous puissions même avoir plus de fonds. Mais plus important encore, il y a cet aspect du partenariat public-privé que nous cherchons à explorer et faire en sorte d’obtenir plus d’investissements”, a déclaré Jeremiah.

Les Nigérians pourraient atteindre les 300 millions d’individus en 2030. L’ONU prévoit même le nombre de 400 millions d’habitants, ce qui fera du Nigeria le troisième pays le plus peuplé au monde, après la Chine et l’Inde. Le Fonds des Nations Unies pour la Population au Nigeria pense que pour faire face à cette situation, il est important de doubler le nombre d‘écoles, d’hôpitaux ou de routes.

Les 30 milliards de dollars de budget prévus par M. Buhari ne serviront à ne financer que la construction de trois lignes de chemin de fer, quatre aéroports et 31 routes, dont certaines sont en chantier depuis des années. Selon les analystes, l‘économie du Nigeria devrait croître à un rythme à deux chiffres et fournir des emplois.

Boko Haram, un autre frein aux projets présidentiels

La menace terroriste de Boko Haram s’introduit dans le milieu des chômeurs nigérians, selon Osaretin Adonri, le représentant adjoint du Fonds des Nations Unies pour la population au Nigeria. Il déclare que la secte islamiste recrute parmi les jeunes de cette frange de la population, frustrés par le poids du chômage. “Nous avons un nombre de jeunes personnes qui ne sont probablement pas très instruites, et ceux qui sont instruits n’ont pas de travail, ils deviennent une armée prête pour le genre d’insurrections et de perturbations que nous voyons dans certaines parties du pays”, mentionne Adonri.

Certains Nigérians choisissent de quitter le pays, espérant trouver un mieux-être sous d’autres cieux. C’est le cas de ces nombreux migrants qui tentent la traversée périlleuse pour l’Europe en voyageant par voie terrestre vers la Libye, où les passeurs les expédient en Italie notamment.

En 2015, l’Union européenne a vu le nombre de demandeurs d’asile nigérians tripler. Bon nombre d’entre eux fuient les horreurs et la sauvagerie de la secte terroriste Boko Haram. Mais parmi les candidats à l’exil, notamment les fonctionnaires, beaucoup seraient des migrants économiques.

Pour les multinationales, la démographie spectaculaire du Nigeria est une aubaine. Particulièrement en termes de largesse du marché, qui permet de largement écouler des d’articles grand-public tels que des boissons gazeuses, des téléviseurs, des voitures, etc. Mais la réalité vécue par les Nigérians et aux antipodes de la vision des grandes entreprises. Selon Osaretin Adonri, 70 % de la population vit avec 1 dollar par jour ou moins.

Le casse-tête nigérian

Le marché de l’emploi prend une allure de plus en plus compétitive et les parents ont de plus en plus d’enfants à nourrir. Cette situation rend pénible, voire impossible toute planification des écoles. L’amélioration des transports publics en est aussi affectée. Un véritable casse-tête donc. Les demandeurs d’emploi fuient le nord du Nigeria. Soit à cause de Boko Haram qui y sévit, soit à cause de l’incapacité des gouvernement locaux à payer les salaires. En outre, la pression de Boko Haram pousse les gens vers le sud, malgré quelques succès enregistrés par l’armée dans la reprise de certains territoires.

La souffrance des populations n’empêche pas les Nigérians de vouloir une famille constituée de plusieurs enfants. “Si Dieu me bénit vraiment et me donne une bonne femme, j’aimerais avoir environ six enfants. Oui, parce que je suis capable de prendre soin d’eux et comme mes parents, nous étions douze donc n’attendez pas de moi que je me contente de deux enfants, mais six ou sept.”, dit pour sa part Antoine Osheme, un commerçant.

“Il y aura des défis dans le cadre de la planification et cela a été aggravé par la dislocation dans le nord-est et la situation économique très difficile au sein des autres Etats. A cause de la situation économique défavorable, il y a de plus en plus de gens qui viennent à Lagos, exerçant une pression sur nos ressources, alors que nous devons vraiment fournir davantage de ressources ou plus de fonds pour être en mesure de renouveler certaines de nos installations, pour être en mesure de fournir une infrastructure supplémentaire. Nous pouvons y arriver avec plus de fonds et plus revenus. “, mentionne Ashade Jeremiah.

Goodluck Jonathan, de confession chrétienne et prédécesseur de Buhari, avait essayé de limiter les naissances au Nigeria. Il a finalement dû abandonner cette idée, car englué dans un tollé électoral. Quant à Muhammadu Buhari, de confession musulmane, il évite soigneusement le sujet. En effet, l’islam autorise la polygamie et s’attaquer à un tel sujet pourrait provoquer une levée de bouclier de ses coreligionnaires.

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