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Nigeria : les petits commerçants dans le collimateur du fisc

Nigeria : les petits commerçants dans le collimateur du fisc

Nigéria

Selon le Bureau National des Statistiques (NBS) nigérian, le secteur de l’informel représente à lui seul 48 % de l‘économie du Nigeria, première puissance économique du continent.

Bridget Okoidegun est coiffeuse. Comme la plupart des commerçants évoluant dans l’informel au Nigeria et même dans bon nombre de pays africains, elle ne paie pas d’impôts. Mais cette femme pourrait bientôt se retrouver sur la liste des contrôleurs fiscaux, qui ont commencé à sévir contre les petits commerçants. Ces derniers représentent à eux seuls près de la moitié du porte-monnaie du Nigeria, mais sont habitués à ne verser aucun impôt à l‘État. Chose que le gouvernement veut désormais changer.

Le Nigeria va mal, économiquement parlant. Et le président Buhari est décidé à mettre la pression sur les commerçants de l’informel dans le but de booster les recettes fiscales nigérianes de plus de 33 % cette année. Le but étant de compenser la dégringolade des recettes liées au pétrole. Une chute qui a provoqué une crise d’envergure dans le pays, la pire depuis plusieurs décennies.

Lagos, un enjeu majeur pour la fiscalité au Nigeria

A Lagos, ville de plus de 21 millions d’habitants, des contrôleurs patrouillent dans les rues, afin de dénicher des entrepreneurs qui seront sommés de payer pour la première fois de leur vie, des impôts. Mais ici, les commerçants ont l’habitude de dépenser ce qu’ils gagnent pour survivre. Le registre comptable ne faisant pas partie de leur mode de fonctionnement.

Bridget Okoidegun, notre coiffeuse, en témoigne : “je ne sais pas vraiment combien je gagne parce que tout l’argent que je gagne, soit je l’utilise pour des frais de scolarité, soit je l’utilise pour prendre soin d’une chose ou une autre, donc je ne sais pas vraiment combien je gagne.”

Qu’importe. Les autorités sont décidées à ce que les habitudes changent. Quitte à brandir la menace judiciaire. En effet, l‘État de Lagos, qui génère à lui tout seul un tiers des 500 milliards de dollars du PIB du Nigeria, a mis en place un tribunal spécial pour juger les personnes pourchassées par la nouvelle “Unité de recouvrement rapide de l’impôt”.

Mais il n’y a pas que les petits commençants qui sont concernés par ces mesures disciplinaires. Les grandes entreprises sont elles aussi rappelées à l’ordre par les autorités compétentes. Ces entreprises sont contactées par des fonctionnaires de l‘État. Ceux-ci exigent d’elles des déclarations de revenus. Le Service fédéral des impôts – Inland Revenue Service fédéral (FIRS) – a même eu recours à la presse écrite, occupant des pages entières. L’usage de cet outil de communication consiste à avertir les entreprises qui ne paieraient pas leurs impôts. Elles risquaient en effet de subir des sanctions, si elles ne déposaient pas leurs déclarations fiscales avant le 1er avril dernier. L’opération a fini par payer. Du moins, si l’on s’en tient aux autorités, qui affirment que les revenus de l‘État de Lagos ont augmenté de 12 % en janvier de cette année.

4,95 trillions de nairas (25 milliards de dollars). C’est la somme que doit percevoir cette année le FISR ( Service fédéral des impôts) en termes de fiscalités, selon une décision du gouvernement.

“Le commun accord entre tous les économistes est d’explorer l’assiette fiscale, et non pas le montant que vous facturez, mais la base, pour qu’au moins on ramène plus de gens dans le système fiscal, et que cela puisse générer plus de revenus pour la Nation”, a déclaré le PDG du groupe du Sommet économique nigérian (NESG), Jaiyeola Laoye.

Le secteur informel cristallise les attentions

Le secteur informel occupe une place de choix au Nigeria. Et pour cause : d’après des chiffres émanant du Bureau national des statistiques du Nigeria (NBS), 37 millions d’entreprises de ce secteur ont été recensées en 2015.

“La majeure partie des 85 % des employeurs de personnels sont dans ces MSME. Donc ils sont en nombre croissant. Maintenant, et malheureusement, la plupart d’entre eux ne figurent pas dans notre base de données. En fait, si vous voulez aller enregistrer un nom d’entreprise, vous savez combien de temps cela prend ? Les processus sont longs, le coût est déraisonnable, si vous voulez faire un permis, il y a trop de goulots d‘étranglement, treize démarches différentes que vous devrez faire”, ajoute Jaiyeola Laoye.

Mais pour inciter les commerçants à s’inscrire sur la liste des contribuables, il faudra trouver de quoi les encourager à le faire. Et c’est ce que proposent les fonctionnaires de l‘État. Ceux-ci préconisent, entre autres, la distribution gratuite d’engrais aux agriculteurs et d’autres subventions. A condition qu’ils paient leurs impôts.

Le NBS a recours à la technologie GPS, afin de cartographier les magasins et autres petites entreprises. Soixante millions de personnes sont employées dans l’informel, ce qui représente 48 % de la population active du pays le plus peuplé du continent, avec 180 millions d’habitants.

“Donc, la façon dont nous le calculons, c’est que nous menons des enquêtes sur les foyers. Nous allons alors dans une maison, nous sélectionnons des foyers de façon stratégique. Nous avons une idée des entreprises – des petites entreprises qu’ils dirigent et nous obtenons une idée des ressources qu’elles utilisent dans la gestion de ces entreprises. Et c’est ainsi, de cette façon, que nous obtenons cette information pour estimer la taille du secteur informel, que nous incluons dans nos projections du PIB”, mentionne Yemi Kale, directeur général du Bureau national des statistiques.

Selon les analystes, il urge pour le Nigeria de maîtriser sa fiscalité liée au secteur informel, si ce pays ne veut pas mettre en danger sa cote en matières de crédit. La pénurie de dollars a poussé les entreprises à aller chercher des devises sur le marché noir pour financer les importations, avec des transactions faites en dehors du système bancaire et donc hors de portée des autorités fiscales.

L’Organisation internationale du travail (OIT) a publié en décembre dernier un rapport, selon lequel 66 % des travailleurs vivant en Afrique subsaharienne et évoluant dans le secteur des emploi non-agricoles, font partie du secteur informel. Toujours selon ce rapport, ce chiffre est en nette évolution, si on prend en compte les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture de subsistance.

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