Bienvenue sur Africanews

Merci de choisir votre version

Regarder en direct

Sci tech

sci-tech

Cameroun : découverte de deux nouvelles espèces d’abeilles

Cameroun : découverte de deux nouvelles espèces d’abeilles

Cameroun

Ces nouvelles espèces qui vivent dans les hautes altitudes ne produisent pas de miel. Pour autant, leur importance pour le maintien de la biodiversité et de la sécurité alimentaire est capitale. Toutefois, les menaces sont nombreuses.

Une équipe de chercheurs belgo-camerounais (*) a découvert deux nouvelles espèces d’abeilles au Cameroun, dans le massif de l’Adamaoua (nord), près de la ville de Meiganga à une altitude moyenne de 1100 mètres. Une zone écologique dite des hautes savanes guinéennes.
Ces espèces baptisées Leuconomia tchuenguemi et Maynenomia adamaouaensis sont des abeilles solitaires (indépendantes et sans reines) « collectant principalement du pollen et nichant dans des galeries creusées dans le sol ». Tout le contraire des abeilles sociales qui vivent en communauté dans des ruches avec une reine dans le but de produire du miel.

« Maynenomia adamaouaensis est relativement petite (environ 7 mm) a expliqué a Africanews l’entomologiste Yves Soukontoua, l’un des co-découvreurs de ces abeilles, avec Alain Pauly. Leuconomia tchuenguemi, abeille dédicacée au Pr. Fernand-Nestor Tchuenguem Fohouo de l’Université de Ngaoundéré, pour l’ensemble de son travail pionnier sur les pollinisateurs des cultures. L. tchuenguemi est une abeille relativement grande (environ 11 mm) ».

La région de l’Adamaoua est l’un des principaux foyers de l’apiculture au Cameroun et l’un des plus importants pourvoyeurs de miel. Toute une équipe de chercheurs du laboratoire d’entomologie de l’université de Ngaoundere travaille depuis de longues années sur l’apiculture, les produits de la ruche et les relations plantes-insectes floricoles (APRePIF). Mais cette recherche semble privilégier l’étude des abeilles domestiques au détriment des abeilles solitaires. Cette découverte belgo-camerounaise comme le souligne l’entomologiste Yves Sikontoua, mettra aussi en relief l’importance des abeilles solitaires dans la préservation de la biodiversité et de la sécurité alimentaire en général.

« Des espèces d’abeilles solitaires appartenant au genre Leuconomia ont été récoltées sur les fleurs de nombreuses espèces de plantes, explique le chercheur. Parmi les plantes cultivées, les plus régulièrement visitées sont les fabacées telles que l’arachide (Arachis hvpogaea), les solanacées telles que la tomate (Lycopersicon lycopersicum), le piment (Capsicum annuum), le poivron, les graminées telles que le maïs et bien d’autres. Les Leuconomia, poursuit le chercheur, visitent occasionnellement d’autres plantes cultivées telles que le safoutier, le papayer, le manguier, l’avocatier. Elles visitent également beaucoup de plantes spontanées telles que le karité (Vitellaria paradoxa). Cependant, le travail d’identification des espèces de plantes butinées par les espèces du genre Maynenomia reste encore à faire (…) ».

Une chance pour la biodiversité

Même si elles ne produisent pas du miel, ces abeilles solitaires de la région de l’Adamaoua jouent un rôle essentiel dans la pollinisation et la reproduction des plantes comme le maïs, l’arachide, le mil et autres graminées. Elles contribuent ainsi à garantir la sécurité alimentaire par l’amélioration de la productivité a côté d’autres insectes pollinisateurs.

Du reste, une étude (2) dirigée par le professeur Fernand-Nestor Tchuenguem Fohoua entre 2009 et 2010 montrait déjà comment certaines abeilles solitaires des hautes savanes de l’Adamaoua influençaient positivement le rendement de l’arachide. « A Ngaoundéré, A. hypogaea est une plante pollinifère qui bénéficie de la pollinisation par les insectes. En comparant le rendement des plantes non protégées à celui des plantes protégées des insectes, il est apparu que les insectes anthophiles ont augmenté le taux de fructification – le nombre moyen de graines par gousse – ainsi que le pourcentage de graines normales en 2009 et 2010. La grande majorité des insectes inventoriés sur les fleurs d’arachide sont des pollinisateurs de cette plante. Les plus intéressants d’entre eux sont des abeilles de la famille des Halictidés qui sont de bons récolteurs du pollen de la Fabacée. »

Pour autant, les nombreuses menaces qui planent sur les abeilles en général et sur les abeilles solitaires dont l’importance pour l’équilibre de l’écosystème de l’Adamaoua en particulier, ont été soulignées. Outre les feux de brousse qui détruisent l’habitat des abeilles, il y a l’utilisation inappropriée des insecticides pour l’agriculture. L’entomologiste Fernand-Nestor Tchuenguem Fohoua (2) déconseille par exemple « le traitement chimique des plans d’arachides aux pesticides chimiques pendant la floraison afin de ne pas menacer les insectes pollinisateurs. »

(*) Par Alain Pauly (1) , Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, Entomologie, rue Vautier 29, 1000 Bruxelles, Belgique. E-mail: alain.pauly@brutele.be

(*)Yves Bertrand Soukontoua, Laboratoire de Zoologie et Entomologie, Département des Sciences biologiques, Faculté des Sciences, Université de Ngaoundéré, B.P. 454, Cameroun.

Voir plus