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Nourrir des hyènes, une tradition d'avenir en Ethiopie

Nourrir des hyènes, une tradition d'avenir en Ethiopie

Ethiopie

Donner à manger aux hyènes est une réalité à Harar, une ville située à l’Est d’Addis-Abeba. La pratique ici remonte à des temps immémoriaux.

Il faut le reconnaître, la ville d’Harar tranche assez nettement du reste de l’Ethiopie. Dans ce pays de chrétienneté assumée, se trouve comme perdu dans le temps, un joyau de l’Islam en Afrique : Harar !

110 mosquées se côtoient dans la vieille ville. “Un rare exemple de ville historique relativement bien conservée”, commente l’UNESCO. De fait, il y a encore cinq siècles, Harar était un important centre commercial et religieux qui a longtemps diffusé la culture islamique sur la côte orientale de l’Afrique. Elle est également connue comme la quatrième ville sainte de l’Islam.

Les musulmans de la région pensent que les hyènes ont des pouvoirs surnaturels. Ils les nourrissent avec de la bouillie. En fonction de la quantité absorbée par les hyènes, ils prédisent si l'année sera faste ou non.

Un joyau plébiscité par l’UNESCO

La ville a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2006 du fait de la richesse de son histoire. Au-delà de l’architecture, la cité antique d’Harar possède également des trésors inattendus, entre autres, les traditions de ses habitants. Donner à manger aux hyènes est de celles-là. C’est au 19e siècle que la pratique est devenue un rituel.
Lorsque Harar a été conquise par les chrétiens d’Ethiopie sous les ordres de Menelik II, les autorités de l‘époque ont décidé de la construction d’un mur pour la protéger. Alors, les hyènes ont pris l’habitude de venir le soir fouiller dans les détritus que les habitants balançaient par-dessus l’enceinte. De peur que les animaux ne songent à traverser le mur, les habitants ont décidé de leur offrir à manger.

La tradition ne s’est jamais essoufflée

Remedan Ahmed, un fermier qui se dit fervent défenseur de la coutume explique que l’attention dont les hyènes font l’objet n’est pas sans arrière-pensée. “Les musulmans de la région pensent que les hyènes ont des pouvoirs surnaturels, raconte -t-il. Alors ils leur donnent de la nourriture lors d’une fête annuelle. Ils les nourrissent avec de la bouillie (Ndlr: Aja). En fonction de la quantité absorbée par les hyènes, ils prédisent si l’année sera faste ou non.” La hyène est donc un présage qui est récompensée pour dire l’avenir.

Entre l’homme et l’animal, l’affaire est entendue. Les hyènes sortent la nuit pour leur ration quotidienne, en journée elles se réfugient derrière les montagnes ocres qui s’enchainent dans l’Est de l’Ethiopie.

Une source de revenus

Nourrir un animal sauvage est toujours surprenant. Et l’expérience est particulièrement rare pour attirer le regard curieux des nombreux touristes qui visitent la ville d’Harar. Alors, chuchoter aux oreilles des hyènes est un métier respecté. Le gouvernement éthiopien réfléchit actuellement à la possibilité de donner un salaire à ceux qui s’y livrent afin de perpétuer la tradition, mais aussi de multiplier les attraits touristiques de la cité antique.

Une politique que comprend parfaitement Abus Yossuf, un de ces hommes qui n’ont pas peur du face-à-face quotidien avec des hyènes. “Si nous arrêtons de leur donner à manger, confie-t-il, les hyènes peuvent attaquer nos chèvres et nos boeufs. Donc nous devons continuer à faire ceci chaque jour… Mon père leur a donné de la nourriture. Mon frère aîné l’aidait avec des restes de viande. J’ai d’ailleurs été formé par mon frère aîné…” Nourrir une hyène est un acte audacieux. Mais c’est une expérience unique qui pourrait vous intéresser la prochaine fois que vous serez de passage à Harar.

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